Les ghettos de la nation

Présentation (quatrième de couverture) :

CouvertureLes émeutes de 2005 ont mis au jour la profondeur de la crise qui secoue la nation française en jetant une lumière crue sur les ghettos qu’on a laissé s’installer dans nos banlieues. L’étude de deux territoires emblématiques de ces émeutes — Clichy-sous-Bois et Grigny — éclaire la constitution d’un ghetto, et ce qui le caractérise : l’enclavement des grands-ensembles vétustes, un fort taux de personnes d’origine maghrébine ou africaine, la pauvreté et la délinquance… qui produisent un phénomène d’évitement. Boucs émissaires de la crise, les immigrés en provenance du Maghreb et d’Afrique sub-saharienne, et leurs descendants — la deuxième et la troisième génération, pourtant en théorie des citoyens à part entière — tiennent en effet une place à part dans la nation, en raison de l’histoire coloniale. Lire la suite

Police : la peur doit changer de camp

Article publié dans Le Monde le 3 novembre 2010 sous le titre « Peur partout, sécurité nulle part ! ».

Depuis 2002, et plus encore depuis les émeutes de 2005, Nicolas Sarkozy et ses conseillers ont fait du thème de l’insécurité l’axe majeur de leur politique. Il fallait que « la peur change de camp », ce qui a justifié depuis une politique d’emploi des forces de police et de gendarmerie dans une optique répressive.

Alors que chacun se prépare à la prochaine campagne présidentielle, il est temps de dresser le bilan de cette politique phare du président sortant. A dix-huit mois de la fin du mandat présidentiel, la peur a-t-elle changé de camp ? Sans doute. Mais plus précisément : qui a peur, aujourd’hui ? Lire la suite

Casser les ghettos passe par la justice

Article publié sur lemonde.fr le 7 juillet 2010

Des peines de trois ans à quinze ans ont été prononcées à l’encontre des quatre personnes accusées d’avoir tiré sur des policiers lors des émeutes en novembre 2007 à Villiers-le-Bel. Ces peines extrêmement lourdes ne sont pas appuyées sur des preuves matérielles et irréfutables apportées par le ministère public ou par la police. Pour soutenir l’accusation, en effet, seul un témoignage anonyme sur les quatre prévus, le témoignage surprise d’une personne condamnée pour agression sexuelle sur mineure qui a bénéficié récemment d’une libération conditionnelle, et enfin celui d’un commissaire qui s’était tout d’abord déclaré incapable d’identifier le tireur. Les accusés nient en bloc, et des dizaines de policiers se sont portés partie civile. Ce procès a été celui de la vengeance d’une partie de la police contre le ghetto, avec la complicité de la Justice. Lire la suite

La polémique sur le voile intégral et le débat sur l’identité nationale : une question géopolitique

Article publié dans Hérodote n° 136 – Femmes et géopolitique (premier trimestre 2010)

Résumé :

L’actualité est marquée par la simultanéité de deux débats qui n’en font en réalité qu’un, celui sur le port du voile intégral et celui sur l’identité nationale. Cette situation est problématique, car certains ne se positionnent qu’au regard du premier aspect, et d’autres qu’en fonction du second. Ainsi, un genre de dialogue de sourd s’installe entre antiracistes – qui luttent contre un contexte de libération de la parole raciste et ceux qui renvoient les Français maghrébins et musulmans dans une identité d’étrangers – et féministes ou plus largement « émancipateurs » – qui estiment crucial de défendre un certain nombre d’acquis en matière d’égalité des sexes ou de sécularisation de la société. L’incompréhension mutuelle exaspère les uns et les autres et les amène à se radicaliser. Tout cela ne sert que les intérêts des réactionnaires, qu’ils soient traditionalistes musulmans, islamistes ou nationalistes xénophobes. Par conséquent, la cohésion nationale, déjà affaiblie, se trouve gravement mise en danger par ce double débat sur l’identité nationale et sur le port du voile intégral. Lire la suite

Identité nationale, ghettos et crise post-coloniale

Article publié dans Libération du  3 décembre 2009 sous le titre regrettable : « Identité nationale, le retour du refoulé colonial ».

Le lancement, à l’approche des élections régionales, d’un grand débat sur l’identité nationale visant à raviver les sentiments xénophobes d’une partie des Français, est l’une des manifestations de l’existence d’une vraie question quant à l’identité nationale. Jusqu’à il y a un peu moins de cinquante ans, la France possédait un empire colonial dont elle ne s’est défaite que contrainte, même si la majorité de la population n’avait que peu de lien avec celui-ci, les guerres d’Indochine et d’Algérie conduisant aux autres indépendances. L’État a alors dû repenser la puissance nationale, tandis qu’une minorité des Français commençait une nouvelle vie marquée qui par le souvenir de l’exode brutal et forcé, qui par celui des actions et exactions commises et subies au sein de l’armée en Algérie. Et très vite des immigrés sont venus d’Algérie et d’ailleurs, rejoignant ceux qui étaient déjà en métropole.  Lire la suite

Dictionnaire des banlieues

Ouvrage collectif dirigé par Béatrice Giblin, aux éditions Larousse, 480 pp, 22 €

couvertureDepuis plusieurs années, les banlieues font régulièrement la une de l’actualité : Clichy-sous-bois, Villiers le Bel, La Courneuve, Vaux en Velin, autant de noms qui ont défrayé la chronique et dressent une image bien sombre des banlieues. Pour la première fois, un dictionnaire tente de faire la part des choses et de montrer toute la complexité du phénomène, loin des discours répressifs ou du politiquement correct. Une première partie traite les questions-clés relatives à ces banlieues, notamment : Un phénomène monté en épingle par les médias ?, Les « banlieues » sont-elles un problème spécifiquement français ?, Comment les pouvoirs publics successifs ont-ils cherché à réagir ?, Les cités sont-elles le terreau du communautarisme ? Suivent les temps forts de l’histoire puis dans la partie « dictionnaire », 200 notices dessinent un portrait original des banlieues. Dans le cadre d’une vision géopolitique, les entrées correspondant à des noms de lieux (communes ou quartiers) sont assez nombreuses et complètent les dossiers thématiques (citoyenneté, femmes, intégration, politiques de la ville, violences, etc.). Lire la suite

Des ghettos dans la nation

Article publié dans Hérodote n°130 – Géographie, Guerres et Conflits (troisième trimestre 2008)

Résumé :

À partir de la victoire de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle, grâce au thème de l’identité nationale, un an et demi après les plus graves émeutes urbaines connues en France, cet article montre qu’il existe bien un conflit géopolitique à propos des enfants de l’immigration en France, c’est-à dire lié à la présence de nombreux Français descendants de migrants d’Afrique subsaharienne et du Maghreb et à leur regroupement dans des territoires de ségrégation. Des éléments très différents interagissent pour créer ce problème géopolitique. Ils concernent l’histoire de la nation française et son histoire coloniale, la réalité urbaine àl’échelle locale, ou se déroulent ailleurs dans le monde. Pour comprendre, il est nécessaire d’analyser le contexte politique, alors marqué par la guerre des mémoires, pour en venir aux émeutes de 2005, ce qui oblige à un détour par l’histoire des ghettos et amène enfin à étudier l’histoire de l’idée de nation en France et le problème des iden tités postcoloniales. Un ensemble cohérent se révèle au terme de ce parcours, à même d’expliquer le succès de la stratégie politique de Nicolas Sarkozy. Lire la suite

La gauche, l’identité et la nation

Article publié par le Figaro du 20 novembre 2007.

À moins d’un mois du premier tour de l’élection présidentielle, le débat s’est fortement focalisé sur un ensemble de questions touchant à la nation française et à l’identité. Nicolas Sarkozy en a été le catalyseur, avec son ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale, mais ce débat est bien antérieur. Depuis vingt-cinq ans, la progression du Front national est le signe d’une question identitaire et nationale qui progresse en France. La nation n’est plus le référent identitaire commun à tous les Français. Lire la suite

Les « indigènes de la République » : nation et question postcoloniale

Article publié dans Hérodote n°120 – La question postcoloniale (premier trimestre 2006)

Résumé :

L’appel pour les « assises de l’anticolonialisme postcolonial », publié en janvier 2005, a constitué l’acte de naissance d’un nouvel acteur dans ce que nous analysons comme une rivalité de pouvoir, dont l’enjeu est le capital politique que représentent les personnes issues de l’immigration et leurs territoires, c’est-à-dire l’ensemble des petits territoires où ces populations sont concentrées. Ce nouvel acteur s’inscrit dans un système concurrentiel d’acteur militant, dont nous reconstituons l’émergence et l’évolution au cours des vingt-cinq dernières années. Le mouvement des « indigènes » est animé par des représentations, au travers desquelles les « indigènes » ont produit l’analyse des causes des discriminations. Ils en tirent le constat de leur rupture avec la nation française, mais, en dernière analyse, il semble qu’il s’agisse plutôt d’une « demande d’amour » à la France, au travers de l’affirmation d’un différentialisme culturel. Lire la suite